Où et quand voir les aurores boréales, sans y laisser une semaine
L'indice Kp ne suffit pas à décider de sortir. Voici les quatre conditions pour voir les aurores boréales, et la saison qui vous donne le plus de chances.
Il y a une phrase qu’on lit partout et qui gâche beaucoup de voyages : « il faut un Kp élevé ». C’est vrai, et c’est très insuffisant. J’ai passé une semaine sous un Kp 6 sans rien voir, parce qu’il y avait un stratus continu au-dessus de ma tête pendant sept nuits.
Voir une aurore boréale demande quatre conditions simultanées. Il en manque une, et le spectacle n’a pas lieu, quelle que soit la valeur des trois autres.
Voir les aurores boréales demande quatre conditions
1. Un ciel dégagé. C’est la première, et de loin. Une aurore se produit vers 100 kilomètres d’altitude, donc au-dessus de tous les nuages. Un ciel couvert annule tout. C’est aussi la seule condition sur laquelle vous pouvez agir le soir même, en vous déplaçant de trente kilomètres.
2. L’obscurité. Pas la nuit au sens du calendrier, mais un soleil suffisamment bas sous l’horizon. En pratique, il faut qu’il soit descendu au moins à dix ou douze degrés sous l’horizon. C’est ce qui explique qu’on ne voie rien en juin au-delà du cercle polaire : il n’y fait jamais assez sombre.
3. L’activité géomagnétique. C’est le fameux Kp, ou mieux, l’indice Hp30 qui est calculé toutes les trente minutes plutôt que toutes les trois heures. Sous une latitude comme celle de Tromsø, un Kp 2 ou 3 suffit largement. En Bretagne, il faut un Kp 7, ce qui arrive quelques nuits par an.
4. La Lune. Une pleine Lune haute dans le ciel efface les aurores faibles. Elle ne les empêche pas, elle les rend moins visibles. C’est le paramètre qu’on peut planifier des mois à l’avance, et presque personne ne le fait.
Quand partir
La saison utile va de fin août à début avril. Le pic d’activité se situe autour des équinoxes, en septembre et en mars, pour une raison physique liée à l’orientation du champ magnétique terrestre par rapport au vent solaire.
Septembre et mars ont un autre avantage, moins souvent cité : il y fait nettement moins froid qu’en janvier, et une nuit d’attente dehors à moins vingt-cinq degrés se termine rarement bien.
Dans la nuit, la fenêtre la plus probable va de 21 heures à 2 heures du matin, avec un pic autour de minuit magnétique.
Où aller
Le critère n’est pas la latitude brute, c’est la latitude magnétique, et surtout la météo locale.
- Tromsø et le nord de la Norvège. Bien placés, mais très nuageux : l’océan est juste à côté. On y va avec une voiture pour pouvoir fuir les nuages.
- Abisko, en Suède. Le fameux trou bleu : la montagne bloque une partie des nuages venus de l’ouest. Statistiquement le meilleur compromis d’Europe.
- Rovaniemi et la Laponie finlandaise. Un peu plus au sud, donc il faut un peu plus d’activité, mais un ciel plus souvent dégagé et un accès plus simple.
- L’Islande. Spectaculaire, et la météo la plus capricieuse de la liste.
Et loin des lumières de la ville, toujours. Un lampadaire à cent mètres coûte plus qu’un point de Kp.
L’erreur qui coûte le plus de nuits
Regarder un chiffre unique et en déduire une décision. Le Kp est une donnée planétaire calculée sur trois heures : il ne sait rien de vos nuages, de votre Lune, ni de votre latitude. Un Kp 7 sous un ciel bouché ne donne rien, et une nuit calme avec la Lune couchée et le ciel dégagé peut très bien offrir un arc vert bien visible.
C’est ce décalage entre la donnée et la décision qui m’a fait écrire Norya : l’application croise les quatre conditions ci-dessus pour votre position et l’heure qui vient, et en sort un score de 0 à 100 avec une phrase en clair et une fenêtre d’observation. Quand la météo manque, elle ne donne pas de score et le dit, plutôt que d’afficher zéro qui voudrait dire « aucune chance ».
Ce à quoi il faut s’attendre
Une aurore faible, à l’œil nu, est une brume grise. La couleur verte n’apparaît vraiment qu’à partir d’une certaine intensité, parce que l’œil humain perçoit mal les couleurs en basse lumière. Un appareil photo la voit avant vous.
Si vous voyez une bande grise immobile au nord et que vous hésitez, prenez une photo de trois secondes. Si elle ressort verte, restez dehors.