Se filmer en lisant un texte sans que ça se voie
On voit toujours le moment où le regard descend sur les notes. Voici comment se filmer en lisant un texte sans que ça se voie, et comment écrire ce texte.
Il y a deux façons de se filmer en disant un texte, et les deux sont mauvaises.
Apprendre par cœur, et passer une demi-heure sur quarante secondes de vidéo, avec une diction d’élève qui récite. Ou lire ses notes posées à côté de l’objectif, et livrer une prise où le regard décroche à chaque phrase. Tout le monde le voit, même sans savoir dire pourquoi.
Voici ce qui règle réellement le problème, dans l’ordre où ça compte.
1. Se filmer en lisant un texte placé au niveau de l’objectif
C’est la règle mécanique de base. L’œil humain se remarque dès qu’il dévie de quelques degrés de l’axe de la caméra. Un texte posé sur le bureau à cinquante centimètres sous l’objectif, c’est un regard baissé en permanence.
La solution la plus simple, pour une vidéo filmée avec un téléphone : faire défiler le texte sur l’écran de ce même téléphone, juste sous l’objectif. L’écart devient de deux ou trois centimètres, ce qui est invisible à l’image.
Pour un tournage à la caméra, le prompteur à miroir fait la même chose : une plaque semi-réfléchissante à quarante-cinq degrés devant l’objectif, avec le texte affiché en dessous et inversé pour se lire correctement dans le reflet.
2. Écrire pour la voix, pas pour la page
C’est l’étape que presque tout le monde saute, et c’est celle qui fait le plus de différence.
Un texte bien écrit et un texte qui se dit ne sont pas le même texte. Le premier a des subordonnées, des incises, des mots qu’on ne prononce jamais à l’oral. Le second a des phrases courtes et des endroits pour respirer.
Trois corrections simples qui transforment n’importe quel script :
- Coupez toutes les phrases de plus de vingt mots en deux. Sans exception. Vous en recollerez éventuellement une ou deux à la relecture.
- Remplacez les connecteurs écrits par des connecteurs parlés. « Néanmoins » devient « sauf que ». « En outre » devient « et puis ».
- Écrivez les respirations dans le texte. Une ligne vide, un marqueur, ce que vous voulez. Une pause écrite est une pause tenue.
Le test qui ne trompe pas : lisez le texte à voix haute une fois. Chaque endroit où vous butez est un endroit à réécrire, pas un endroit à mieux articuler.
3. Caler la vitesse sur votre débit réel
C’est la cause numéro un des prises ratées, et elle est bête : le texte défile trop vite dès la deuxième phrase, on accélère pour rattraper, et la voix devient mécanique.
Un débit de lecture confortable se situe entre 120 et 150 mots par minute pour la plupart des gens. Mais votre chiffre à vous n’est pas une moyenne, c’est une donnée à mesurer : lisez un texte dont vous connaissez le nombre de mots pendant trente secondes, et multipliez par deux.
Une fois ce chiffre connu, tout devient prévisible. Un script de 200 mots à 123 mots par minute prend une minute trente-huit. Vous savez donc avant de tourner si votre texte tient dans le format.
4. Le cadre change avec le format
Un Reel ne se lit pas comme un discours, et un discours ne se filme pas comme une vidéo YouTube.
En vertical pour les réseaux, le débit est plus rapide et les phrases plus courtes. En 16:9 pour YouTube, on peut respirer, et un plan qui dure trois secondes de plus ne coûte rien. Pour un discours lu depuis une scène, le texte doit défiler nettement plus lentement, parce qu’on s’adresse à des gens présents et qu’on marque les fins de phrase.
5. Faire plusieurs prises, mais pas trop
Deux ou trois prises suffisent presque toujours. Au-delà, la fatigue s’entend plus que l’amélioration ne se voit.
Si la troisième est encore mauvaise, ce n’est plus un problème de prise. C’est le texte qu’il faut réécrire.
L’outil que j’utilise
C’est en butant sur les points 2 et 3 que j’ai fini par écrire Cue, un téléprompteur qui tient le script sous l’objectif pendant que l’iPhone filme, mesure votre débit réel avec un test de trente secondes, puis cale le défilement dessus. Il sait aussi raccourcir un texte trop long ou le découper pour la voix, ce qui est le travail de l’étape 2.
Vous n’en avez pas besoin pour appliquer ce qui précède. La méthode marche avec un texte imprimé scotché sous une caméra, ce que j’ai fait pendant des années.
Le résumé
Le texte au niveau de l’objectif. Écrit pour être dit et non pour être lu. À une vitesse mesurée sur vous, pas devinée. Le reste tient dans deux prises.