Préparer un entretien d'embauche à voix haute
Lire des questions ne prépare à rien. Voici comment préparer un entretien d'embauche en sept étapes, en travaillant ce qui se joue vraiment le jour J, la parole.
La veille d’un entretien, presque tout le monde fait la même chose. On cherche « les cinquante questions les plus posées », on lit la liste, on se dit qu’on saurait quoi répondre, et on va se coucher.
Le lendemain, on bute sur « parlez-moi de vous ». Pas parce qu’on ne connaît pas la réponse, mais parce qu’on ne l’a jamais dite à voix haute. Entre savoir et dire, il y a un écart que la lecture ne comble pas.
Voici la méthode que j’applique, dans l’ordre où ça compte.
1. Préparer un entretien d’embauche commence par l’annonce, pas par votre CV
Votre CV, vous le connaissez. L’annonce, vous l’avez lue une fois, en diagonale, il y a trois semaines, avant de postuler.
Reprenez-la ligne par ligne et séparez trois colonnes : ce qui est exigé, ce qui est souhaité, ce qui n’est mentionné qu’une fois. Les exigences sont les questions garanties. Les souhaits sont les questions probables. Le reste est du remplissage rédigé par quelqu’un qui devait remplir un cadre.
Une annonce bien lue donne entre cinq et huit sujets. C’est votre programme de révision, et il est beaucoup plus court qu’une liste de cinquante questions génériques.
2. Trouver les trois points sur lesquels on va vous attendre
Posez votre CV à côté de l’annonce et cherchez les écarts. Ce sont eux qui déclenchent les vraies questions.
Un trou de six mois. Une reconversion. Un poste junior visé avec douze ans d’expérience ailleurs. Une compétence exigée qui n’apparaît nulle part chez vous. Un projet impressionnant sur le CV dont votre rôle exact reste flou.
Notez les trois plus visibles. Un recruteur compétent ira dessus, et il ira tôt. Si vous les avez identifiés, ce sont trois questions que vous voyez venir. Sinon, ce sont trois moments où vous improviserez.
Pour chacun, préparez une réponse en trois temps : le fait, l’explication en une phrase, et ce que ça vous a apporté. Sans excuse et sans discours.
3. Préparer six histoires, pas vingt réponses
C’est le changement de méthode qui fait le plus de différence.
Personne ne peut mémoriser vingt réponses. En revanche, six histoires bien choisies couvrent l’essentiel des questions comportementales : une réussite chiffrée, un échec, un conflit réglé, une décision prise sans avoir toutes les informations, un moment où vous avez appris quelque chose vite, un projet mené de bout en bout.
Chaque histoire tient en quatre temps : la situation, ce dont vous étiez chargé, ce que vous avez fait vous, et le résultat. Le dernier temps est celui que tout le monde oublie, et c’est le seul qui intéresse votre interlocuteur. Un résultat sans chiffre est une opinion.
Une même histoire sert pour plusieurs questions. C’est fait exprès : vous en avez six, pas vingt.
4. Les dire à voix haute, en vous chronométrant
Une réponse écrite fait toujours une bonne impression. Elle a des subordonnées, des transitions et un vocabulaire qu’on n’emploie jamais en parlant.
Dites-la. Debout, à voix haute, en vous chronométrant. Vous allez découvrir trois choses : que votre belle phrase ne se dit pas, que vous mettez quarante secondes là où vous en visiez vingt, et que la fin part en vrille parce que vous ne saviez pas comment atterrir.
Visez une minute trente pour une histoire complète, deux minutes pour la présentation d’ouverture. Au-delà, on décroche en face de vous.
Enregistrez-vous et réécoutez. C’est désagréable les deux premières fois, et c’est de très loin l’exercice le plus rentable de cette liste.
5. Compter vos tics de langage
En vous réécoutant, comptez les « euh », les « du coup », les « en fait », les « voilà ». Rapportez le total à cent mots.
Ce chiffre est brutal et il est utile. Personne ne s’entend les dire, tout le monde les entend chez les autres. Au delà d’une dizaine pour cent mots, ça s’entend nettement et ça donne une impression d’hésitation qui n’a rien à voir avec votre niveau réel.
Le remède n’est pas de parler plus vite pour combler les blancs. C’est l’inverse : accepter le silence. Une seconde de pause avant de répondre passe pour de la réflexion. Un « euh » de deux secondes passe pour de l’embarras.
6. Préparer vos questions de la fin
« Avez-vous des questions ? » n’est pas une formule de politesse, c’est la dernière chose dont on se souvient.
Préparez-en trois, et pas des questions dont la réponse est sur le site de l’entreprise. Demandez comment est composée l’équipe que vous rejoindriez, quels sont les chantiers prioritaires des six prochains mois, ou à quoi ressemblerait une première année réussie à ce poste.
Trois questions, parce qu’on vous en aura peut-être déjà répondu deux pendant l’entretien.
7. La veille et le jour même
La veille, arrêtez de réviser. Relisez vos six histoires une fois, vérifiez le lieu, l’heure et le nom de la personne, puis fermez tout. Le bachotage nocturne ne fait pas gagner un point et coûte une nuit.
Le jour même, dites une réponse à voix haute avant de partir. N’importe laquelle, deux minutes. La voix a besoin d’un échauffement comme le reste, et vous ne voulez pas que votre premier essai de la journée soit la vraie première question.
S’entraîner en conditions réelles
Tout ce qui précède se fait seul, et ça suffit à faire la différence. Ce qui manque, c’est l’imprévu : la relance qu’on n’attendait pas, la contradiction, le silence à remplir.
C’est exactement pour ça que je développe Nelo, un simulateur d’entretien qui vous appelle, mène la conversation à partir de votre CV et de l’annonce visée, puis vous rend un rapport sur ce que vous avez réellement dit, tics de langage compris.
Mais commencez par les sept étapes. Une application ne remplace pas une annonce lue ligne par ligne et six histoires prêtes.